Haxo, l’univers électronique hybride – l’entretien

Haxo est un jeune artiste dont l’univers musical pourrait être qualifié d’« électronique hybride ». Après son album « Juno », il sort « 1983 », son deuxième maxi produit par la maison de disques Pomme Framboise Records. Le label, créé par Robin, a pour objectif d’accompagner et de promouvoir des jeunes artistes dans une ambiance familiale. Nous avons partagé un moment avec ces deux passionnés dans le quartier de Pigalle, réputé pour être le QG des musiciens.

HeyListen : Quel est ton parcours ? As-tu suivi des études dans la musique ?

Haxo : Je n’ai pas du tout fait d’études de son, j’ai tout appris sur le terrain. J’ai commencé par faire de la guitare. Avec mon frère, on a retrouvé la vieille guitare poussiéreuse de ma mère dans la cave et on a commencé à gratter un peu. Mais je ne viens pas du tout d’une famille d’artistes. La guitare a d’ailleurs dû servir une seule fois avant que ma mère ne la range, dans les années 70… Ensuite, je me suis acheté un synthé. Et puis c’était l’époque où toute la musique sur ordinateur a commencé à être facile d’accès. Bien que ça existe depuis les années 80, avant ça valait un bras. Et comme, quand j’étais ado, mon frère avait un Mac, il avait un logiciel gratuit dessus où tu pouvais faire du son. Je me revois le supplier pour qu’il me le prête quelques heures. C’est donc là-dessus que j’ai commencé à composer. Puis je me suis un peu éloigné de la guitare, j’ai commencé à découvrir que je pouvais tout faire de A à Z juste avec un ordinateur et c’est ça qui m’a intéressé.

HL : Est-ce qu’il y a eu un déclic qui t’a fait réaliser que tu voulais te produire ?

H : Je crois que ça s’est fait petit à petit. Ce n’est pas quelque chose que je cherchais forcément, ça m’est un peu tombé dessus. Je me disais que c’était cool et c’est quand j’ai réalisé que ça commençait à me prendre 5, 10, 15 heures par semaine que je me suis dit que ce serait génial d’en vivre.

HL : Justement, est-ce que c’est dans tes projets d’en vivre ?

H : Sans mentir, oui évidemment. Tout le monde en rêve secrètement et ça me ferait énormément plaisir mais c’est un milieu qui est très difficile. Surtout, maintenant que je travaille dans la musique, je vois un peu les coulisses de ce milieu : ce qu’il s’y passe, ce qu’il s’y fait, ce qu’il s’y dit. C’est moins reluisant de voir ce côté-là de cet univers. Donc oui, j’espère en vivre mais je ne compte pas poursuivre cet objectif à tout prix. Pour l’instant on se fait plaisir, on essaie de faire les choses bien, de tout donner avec le peu de moyens qu’on a. C’est déjà pas mal.

HL : Pourquoi « Haxo » ?

H : C’est une station de métro qui n’a jamais été ouverte. Ils ont construit les quais, ils ont mis la faïence, mais le projet n’a pas abouti. On ne peut y accéder qu’en passant par les voies, ce qui est très risqué. Il y a une dizaine de stations à Paris qui ont été fermées pendant la guerre et qui n’ont jamais été réouverte, mais Haxo est la seule à ne jamais avoir vu de passagers. J’ai choisi ce nom-là parce qu’il évoque l’idée d’une espèce de cocon, quelque chose de pur (même si ce n’est pas vraiment le cas puisqu’elle est couverte de tags), un espace souterrain, inconnu, que j’aimais bien.

HL : Et pourquoi « 1983 » ?

H : C’est en référence au MIDI, un langage qui permet aux ordinateurs et aux claviers de communiquer entre eux. Moi qui n’ai pas de formation musicale, sans le MIDI je n’aurais jamais sorti d’album puisque c’est la base de la musique électronique. Et 1983 correspond à la date de l’invention du protocole.

HL : Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de te lancer ?

H : Je pense que la grosse claque que j’ai eue dans les années 2000, c’était Justice avec Cross en 2007. Là on s’est dit qu’il y avait encore des choses à faire et que la musique électronique ne s’arrêterait jamais. C’est un puits infini, ça offre des possibilités hallucinantes. J’ai malheureusement une pensée un peu plus fermée sur le rock, puisque dans la musique électronique on travaille sur la texture alors que dans le rock, les accords c’est bouclé.

HL : Avec quel artistes rêverais-tu de travailler aujourd’hui ?

H : En électro, en ce moment je suis très branché sur un groupe qui s’appelle Weval. Même en rock, il y a des groupes comme les Flaming Lips avec qui j’adorerais travailler. Avec Air aussi. Ce sont tous les artistes que j’idolâtre. La liste est longue.

HL : Où trouves-tu ton inspiration ? En particulier pour « 1983 »?

H : Je trouve l’inspiration plutôt quand je suis seul. Je marche énormément, c’est un moyen pour moi de me calmer. En sortant du travail énervé, je ne peux rien faire. Les fois où j’ai eu des déclics musicaux, ça s’est fait après deux heures de balades en solitaire dans Paris. En général, j’allume les machines, je bidouille et je vois ce qui en sort. Il peut se passer des choses vraiment inattendues avec les machines. Tu ne les contrôles pas vraiment. Tu te jettes dessus et parfois il sort des choses auxquelles tu ne pensais même pas. C’est ce qui est beau : il y a une part d’aléatoire importante, quelque chose de magique peut se créer.

HL : Est-ce que le changement de style entre « Juno » et « 1983 » était réfléchi ?

H : Pour moi, c’est un univers global, les deux albums sont cohérents entre eux. Je n’ai pas non plus fait un revirement spectaculaire dans mon style, ça reste assez similaire. « 1983 » est plus rapide mais on retrouve quand même la bribe de rock que j’aime bien injecter. Il est peut-être plus progressif que le premier. En fait, ça dépend beaucoup de mes influences du moment. Dans le deuxième album, on sent que j’ai écouté beaucoup plus de techno. Après « Juno », je voulais faire quelque chose de très posé, très planant, presque mielleux. Finalement, « 1983 » est plus violent, il raconte moins de choses, il ne fait pas dans le détail. Je ne pensais pas faire ça. Je me laisse guider par ce que je fais. Parfois, le rendu final ne ressemble pas du tout à mon idée de base.

HL : Quelle étape préfères-tu dans la création ?

H : C’est une quête continue du son. Mais j’avoue que je suis très excité les tout premiers jours où je crée un morceau, j’y passe énormément de temps. Après j’ai tendance à faire pleins de projets en même temps et finalement je n’en sors que trois. Ensuite il faut le mixer et parfois ça traîne, c’est plus compliqué. Et il ne faut pas oublier que c’est un travail solitaire. Mais je fais quand même écouter mes morceaux pour prendre du recul, ça aide d’avoir une oreille fraîche. Avant je n’aimais pas trop faire écouter mes morceaux, j’étais plus timide. Maintenant je sais mieux accepter la critique et je trouve ça enrichissant d’avoir l’avis des autres. Tout le monde y gagne.

HL : As-tu l’impression de créer pour toi ou pour les autres ? Est-ce que tu le ferais quand même si personne ne t’écoutait ?

H : Dans cette configuration où je travaille seul, je ne le fais pour personne. J’ai besoin de la musique pour avancer donc je le fais avant tout pour moi. Mais dans l’art il y a la culture du partage. Si des gens me disent qu’ils ont aimé, ça me fait énormément plaisir.

HL : As-tu déjà de nouveaux projets en tête ?

H : Un maxi tous les ans jusqu’à la fin de ma vie ! Jusqu’à ce que ça ne me plaise plus… même si je ne pense pas que ça m’arrivera. L’objectif c’est aussi de continuer à faire des soirées, de rencontrer des gens, de promouvoir le label.

HL : Et toi Robin, quelle est ta position dans la construction de l’album ?

Robin : C’est toujours l’artiste qui a le dernier mot. Même s’il y a un morceau que je n’aime pas, si je sais que c’est vraiment ce qu’il souhaite faire, je lui laisse une totale liberté. Cela ne m’empêche pas de donner mon avis quand même, je suis là pour conseiller.

HL : Quand tu écoutes un morceau en composition, est-ce que tu penses déjà à la manière dont les gens vont le réceptionner ?

R : En fonction des projets, on ne va pas toucher la même cible et le but c’est que la musique soit partagée. Mais je ne pense pas aux enjeux économiques qu’il y a derrière. Ce n’est pas ce qui nous anime.

Haxo : Effectivement, il y a une réalité économique derrière mais nous, on n’a aucune pression. On a nos métiers à côté, donc pour l’instant on fait de la musique pour faire de la musique, c’est tout.


N’hésitez pas à aller lire notre mini critique sur Ero de Maseki de Pomme Frambroise Record -> ICI 😉 

En trois mots…

POMME FRAMBOISE RECORDS

Amour, Famille, Musique

HAXO

Sous-terre, Espace et… rien au milieu

Soundcloud

INFORMATIONS

« 1983 » fait sa sortie dés le 12 mai.

Et le 13 mai, venez faire la fête à Pigalle avec les artistes de Pomme Framboise Records !

Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/255121344959030/

Pour retrouver les artistes : https://pommeframboiserec.com/artistes-artists/

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