ELO EDEN, l’illustrateur prometteur

C’est à l’occasion d’une petite exposition sur le Batofar que Gaëlle a découvert les illustrations d’Elo Eden. Il a accepté de lui raconter ses débuts et de partager quelques conseils aux jeunes qui voudraient se lancer dans le métier !

Hey Listen : Quel a été ton parcours ?

Elo Eden : J’ai commencé à dessiner à 3 ou 4 ans. Ma mère avait peu de moyens financiers, donc tout ce que j’avais, c’était des feuilles et un stylo. Je reproduisais ce que je voyais à la télévision.

J’ai fait un bac L option arts plastiques, puis je suis rentré à l’école Pivaut à Nantes, où j’ai suivi une formation de quatre ans avec une année préparatoire. Je voulais d’abord faire de la BD et finalement j’ai fait graphisme/illustration. Je suis ensuite parti sur Paris et j’ai commencé à mettre mes dessins sur Instagram et à avoir des followers. Maintenant, je crée mon site.

HL : Qu’est-ce que t’a apporté ta formation ?

EE : Souvent, quand les gens dessinent, ils recopient une image et cherchent simplement à la faire le mieux possible, sans chercher à développer une idée, sans intention derrière. L’école Pivaut nous incite à détruire ça, à détruire le modèle et à avoir notre propre style avec un fini cohérent.

Les profs étaient super : ils avaient la notion de la couleur, de l’espace… Ils savaient nous guider. Avant, je dessinais beaucoup au stylo bic, au crayon, à la mine de plomb. C’est en rentrant à l’école Pivaut que j’ai commencé à utiliser la couleur et l’aquarelle. Les profs ont vu que j’avais un style particulier, très coloré, alors que je partais du noir et blanc. Ils m’ont encouragé vers cette voie et le jury de fin de diplôme a trouvé ça super.

Et les élèves autour de moi avaient vraiment un bon niveau, c’était motivant.

 

HL : Ce n’est pas trop dur de sortir de l’école ensuite ?

EE : Si un peu. Au début, j’ai signé deux ou trois contrats de graphiste. Mais ce que j’aimais vraiment c’était l’illustration. Quitte à avoir un job alimentaire à côté. Pendant longtemps, j’ai réussi à vendre mes dessins et presque à en vivre. Maintenant, j’ai un boulot de vendeur.

J’ai commencé par les vendre sur Instagram, ensuite c’était par rencontres, par contact. Maintenant je vais le faire plus officiellement sur mon site, avec le statut d’auto-entrepeneur.

HL : Comment travailles-tu?

EE : Je travaille avec de la musique, seul. J’écoute Brigitte Mainler, Missy Eliot, Polo & Pan, Sebastian. Des choses entre la techno, la pop, la trap… des noms un peu bizarre qu’on donne à une musique parce qu’on ne sait pas dans quelle case la mettre. Lana del Rey, aussi.  

Je commence par me faire un bibliothèque d’images, puis à 14h je commence à bosser et je peux finis vers 2h du matin.

C’est dur d’être son propre patron. C’est comme quand tu commences à ranger, puis que tu vois une vidéo Youtube : tu passes à une autre, tu regardes des vidéos de chats et au bout de 3h, tu finis par te demander « qu’est-ce que je fais là ? ».

Très souvent, j’ai mon idée en tête et je commence à dessiner au bic. Je trouve ça assez sympa, tu peux moduler ton trait. A l’école, on nous a appris à ne pas gommer. Ensuite je mets la couleur, et enfin les lumières.

HL : Quelle est ton étape préférée dans la création ?

EE : Je suis rarement satisfait quand c’est abouti, mais j’adore l’étape du croquis. Je trouve mes croquis meilleurs que mes illustrations finies.

HL : A partir de quels modèles dessines-tu ?

EE : Ça peut être aussi bien à partir de photos, de modèles vivants… souvent, ce sont des amis ou des gens dans la rue qui m’inspirent. J’essaie de retenir leur visage en les fixant, même si je passe peut-être pour un psychopathe. J’utilise aussi des photos sur Facebook ou Instagram.

Je ne fais que des portraits. Peut-être que ça évoluera mais pour l’instant, je ne fais que ça.

 

HL : Est-ce que tu as cherché ton style ou il est venu naturellement ?

EE : C’est le problème le plus commun chez les illustrateurs : la peur de ne pas trouver son style. On voit un style qu’on aime bien et on se dit « je veux avoir le même ». Un peu comme quand on voit quelqu’un de beau dans la rue et qu’on veut lui ressembler. Mais même si on met les mêmes vêtements que lui, on aura pas les même traits, le même physique.

C’est en dessinant en essayant de ressembler à d’autres gens que je me suis rendu compte que j’avais un style à moi. Les gens autour reconnaissaient mon style. Donc j’ai arrêté de me prendre la tête à essayer de ressembler aux autres.

HL : Quels artistes t’inspirent ?

EE : Agnes Cecile m’inspire vraiment. Et Lana Del Rey, dans sa façon d’être, dans son univers, son image. J’écoute des rappeurs aussi, mon père écoutait du rap ou de la musique d’Afrique. J’aime bien quand les genres se mélangent.

HL : Tu as seulement 22 ans et tu arrives quasiment à vivre de ton travail. Est-ce que tu pensais y arriver ?

EE : Je ne me posais pas la question jusqu’à récemment. Parmi mes amis de Pivaut, les très bons ont signé dans des éditions, mais même eux ont du mal à en vivre.

Parfois je me dis que c’est un peu dur, que j’aurais pu être graphiste. Dans des maisons comme Dior par exemple. Ou j’aurais pu faire du droit ou faire une fac de langue et être tranquille. Mais finalement je ne suis pas scolaire, je déconnecte très vite. Donc je préfère faire des choses sympas et me dire que ça va peut-être se vendre.

HL : Avoir 22 ans quand on est illustrateur, c’est un atout ou un handicap ?

EE : C’est toujours positif dans l’esprit des gens. Mais il faut faire attention à ceux qui abusent de ta bonne volonté. Certains clients peuvent te proposer de faire une affiche pour eux en prétextant que ça te fera une affiche pour ton book. Mais tu ne demandes pas à un maçon de construire une maison pour son book, ça ne marche pas comme ça.

HL : Comment te vois-tu dans 10 ans ?

EE : Je me vois soit sur Paris soit à New York. J’aimerais beaucoup y aller. L’idée que j’en ai, c’est que les artistes ne viennent pas d’un héritage, ce ne sont pas des « fils de ». Les gens se font un nom par eux-même. Ou Paris, j’aime beaucoup. L’ambiance, les gens, même s’ils sont un peu grognons.

J’aimerais bien que mon site marche vraiment et que je puisse vendre grâce à ça. Travailler avec des galeries aussi, pour être représenté dans d’autres pays. En Allemagne, en Amérique.

Si pour une raison ou une autre tu n’aurais pas pu faire illustrateur, qu’aurais-tu fait ?

Si je n’avais pas eu cette passion pour le dessin, j’aurais été une autre personne. Mais sinon, j’aurais peut-être étudié l’univers. Ou j’aurais été infirmier.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui veut être illustrateur ?

De faire ce qu’il aime, vraiment. Il faut oser faire ce que tu aimes, quoi qu’en dise ta famille, parce que ce que tu dessines, c’est ce que tu es.

Il y a des chemins plus facile qu’être illustrateur, donc surtout il faut pas déprimer quand les gens disent que ce n’est pas un vrai métier. Essayer de s’entourer de gens positifs, qui t’aident à survivre aux obstacles, qui sont de bons conseils et qui ont des contacts. Et ne pas se laisser entraîner par la folie de la jeunesse : lorsque tu vas en soirée pour t’amuser, tu n’es pas en train de dessiner.

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