Les portraits de Cézanne au Musée d’Orsay

L’exposition « Portraits de Cézanne » au musée d’Orsay, fait montre d’une richesse tout à fait particulière. Tout d’abord grâce au nombre impressionnant d’œuvres présentes, puisque c’est près de deux cent portraits qui y sont exposés. Ensuite, cette enfilade d’œuvres met en scène, pour la plupart, des proches de l’artiste : nous pénétrons ainsi dans son univers, son intimité la plus proche. Dire le réel et se dévoiler par le truchement du visage des autres : le génie d’un artiste qui a révolutionné l’art du portrait.

Cézanne représente successivement plusieurs membres de sa famille : sa mère, son père, en passant par son oncle ou encore son fils. Pourtant, c’est le portrait de sa femme qui nous marque le plus, pour la raideur qui se dégage bien souvent de ses traits. Si nous pouvons lire sur les explications qui garnissent les murs du musée que les relations du peintre avec sa femme n’étaient pas des meilleures, cela nous est confirmé en de maintes reprises. Par exemple, l’œuvre intitulée La Femme à la cafetière, ne nous apporte nullement la confirmation d’un ménage heureux. Bien au contraire : le froissement méchant du visage, qui dénote avec le relâché du maintien, nous plonge dans une
atmosphère triste et froide, bien éloignée de la chaleur d’un foyer familial.

Paul Cézanne, (1839-1906) La Femme à la cafetière, vers 1895 Huile sur toile, 130 x 97 cm Paris, musée d’Orsay, don de M. et Mme Jean-Victor Pellerin 1956, RF 1956- 13 RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Les portraits de Madame Cézanne, que l’artiste réitère à de nombreuses reprises, cherchant à chaque fois des variantes toujours plus nombreuses, se font l’expression d’une vie insatisfaite, ponctuée d’une relation conjugale qui ne comble aucun des deux époux.  C’est en 1866 que Cézanne se lance dans la création de nombreux portraits de son oncle, Dominique Aubert. Cette profusion d’œuvres n’échappe pas à un de ses amis, Valabrègue, qui écrit à Zola en novembre 1866 : « Je n’ai posé qu’un jour. L’oncle sert plus souvent de modèle. Chaque après-midi, un portrait de lui apparaît ».

Paul Cézanne (1839-1906) L’Avocat, (l’Oncle Dominique) Huile sur toile, 65 x 54,5 cm Paris, Musée d’Orsay, accepté par l’Etat à titre de datation en paiement de droits de mutation, 1991, RF 1991-21 RMN- Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Si c’est une certaine solennité qui se dégage de ce tableau (avec l’habit noir et le geste de la main qui semble indiquer que le personnage est en train de tenir un discours), toutes les représentations de Dominique Aubert ne sont pas effectuées de la sorte. La texture du tableau, tout autant que la posture du modèle, changent bien souvent afin de présenter celui que l’on surnomme l’Oncle Dominique selon divers angles. L’utilisation du couteau à palette permet à l’artiste de manier de lourds aplats qui mettent en lumière de nombreux reliefs : une technique que le peintre lui-même qualifiera plus tard de « couillarde ».

En dehors de ces proches, il arrive à l’artiste de se peindre lui-même, dévoilant aux yeux des autres une intériorité peu joyeuse.

Paul Cézanne (1839-1906) Portrait de l’artiste au fond rose, vers 1875 Huile sur toile, 38 x 38 cm Paris, musée d’Orsay, don de M. Philippe Meyer, 2000, RF 2000-14 Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

C’est sous les traits d’un homme bourru et peu soigné que l’artiste choisie de se représenter. Bien loin de se montrer sous son meilleur jour, il semble privilégier une apparence qui n’est pas sans rappeler celle de son oncle. L’aspect final du personnage est déformant, presque flou, et nous invite à pénétrer au sein d’une âme instable qui bien souvent tend vers le vice.
C’est cette volonté de nous faire pénétrer dans l’intimité la plus profonde de ses modèles que nous retenons de Cézanne. Si celui-ci a de nombreuses fois flirté avec l’impressionnisme, il en garde dans cette exposition une des caractéristiques principales en se rattachant sans cesse à des scènes du quotidien (les modèles ne sortant pas de leur cadre habituel…).
Variant par fois de très légers détails, cette exposition nous plonge dans la vérité des êtres, et celle de l’artiste.

Musée d’Orsay 
Jusqu’au 24 septembre 2017
Plein tarif : 12 euros / Gratuit : 18-25 ans issus de l’Union Européenne / Gratuit : moins de 18 ans
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