Magritte : la trahison des images

René Magritte, peintre surréaliste s’il en est, nous plonge dans un univers à la fois magique et plein de sens. La trahison des images, thème principal de notre exposition, nous invite à aller au-delà des illusions, mais aussi du sens commun, de nos croyances de tous les jours. Une visite qui bouleverse en invitant le visiteur à réfléchir sur lui.

Le surréalisme a souvent mauvaise réputation dans le grand public. Il nous faut reconnaître que souvent les œuvres surréalistes nous dépassent, nous n’en saisissons pas le sens, ni même le but. Cependant, René Magritte ne cache pas ici la signification de son œuvre : montrer que les images, que ce que nous prenons souvent comme une vérité absolue, nous illusionnent souvent et nous mentent.

René Magritte, La Trahison des images
(Ceci n’est pas une pipe), 1929, Huile sur toile, 60,33 x 81,12 x 2,54 cm, Los Angeles County Museum of Art.
Purchased with funds provided by the Mr. and Mrs. William Preston Harrison Collection. © Adagp, Paris 2016 © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016

Dénoncer de fausses évidences, laisser entendre que des objets les plus communs ne correspondent pas à la vision que l’on en a, voilà ce que Magritte souhaite nous dire, en faisant de l’image un moyen de communication, qu’il hissait à la hauteur des mots. Si nous pouvons avoir l’impression, au premier abord, que cette dénonciation des illusions ne s’appuient sur aucun fondement (après tout, une pipe est une pipe, rien de plus), c’est que nous n’avons pas encore découvert les autres œuvres de Magritte, qui explicitent sa volonté de s’appuyer sur une base rationnelle, celle d’Hegel ou encore de Platon.

Les vacances d’Hegel nous illustre la volonté de l’artiste de s’appuyer sur une méthode privilégiée par ce philosophe, à savoir la dialectique. L’eau tombe dans le verre que le parapluie repousse, expression d’une logique qui nous invite à réfléchir, comme le faisait Hegel, sur les contradictions qu’entraînent souvent ce qui nous semble évident, pour aller au-delà.

René Magritte, Les vacances de Hegel, 1958
Huile sur toile, 60 x 50 cm
Collection particulière
© Adagp, Paris 2016
© Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016

Magritte rend à la peinture un rôle que beaucoup lui ôtèrent : restituer le réel, lui rendre sa vérité. Incitation pour le visiteur à examiner ses propres croyances, sa propre vie. Hegel n’est pas la seule référence philosophique opérée par notre artiste, qui consacre une salle à l’Allégorie de la Caverne, créé par Platon. Étant incontestablement contre les apparences et le domaine de la perception sensible de manière générale, qu’il considère comme trompeur, l’allusion à Platon ne s’en justifie que davantage.

La clef des champs, est un tableau des plus parlant : sortir de l’enfermement, accéder à un ailleurs qui nous ouvre des champs de connaissance plus importants… Autant d’idées qui se regroupent chez Platon derrière une volonté de trouver ce qui peut former une certitude absolue. Si Platon considérait qu’à cet égard les images, les apparences échouaient à nous apprendre quoi que ce soit de certain, c’est certainement ce que nous retrouvons dès l’intitulé de l’exposition : Magritte, La trahison des images.

René Magritte, La clef des champs, 1936. Huile sur toile, 80 x 60 cm. Centre Pompidou

Une exposition très riche, comme nous l’avons vu, en références et en démonstrations. Cependant, inutile d’être philosophes pour apprécier à leur juste valeur ces tableaux, puisque un extrait des plus explicite de l’Allégorie de la Caverne est notée sur le mur menant à la salle consacrée à celle-ci, guidant ainsi notre réflexion.

Le Centre Pompidou, qui souvent se consacre aux artistes contemporains, nous dévoile les œuvres d’un Magritte qui attire aussi bien les adultes que les enfants, un défi réussi qui parle à chacun.

Crédits top image : René Magritte, Les Merveilles de la nature, 1953, Huile sur toile, 77,5 . 98,1 cm. Museum of Contemporary Art Chicago. Gift of Joseph and Jory Shapiro, 1982.48© Adagp, Paris 2016 © Photothèque R. Magritte / BI, Adagp, Paris, 2016


Centre Pompidou

Jusqu’au 23 janvier 2017

Tarif plein : 14€ ; Réduit : 11€

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