Mini Critique #12 – Des arbres à abattre

D’un roman de Thomas Bernardt, la pièce de Krystian Lupa invite à prendre part au monde artistique viennois…

Des arbres à abattre


De : Krystian Lupa

Dates : Du Mercredi 30 novembre au Dimanche 11 décembre 

Durée : 4h40 (entracte inclue)

Résumé : Adaptée du roman de Thomas Bernardt, la pièce de Krystian Lupa dresse le portrait de la société artistique viennoise des années 80.


Dans un salon cloisonné de verre se jouent les artifices d’un « dîner artistique ». Verre de vin ou cigarette à la main, les convives discutent de tout et surtout de rien. Leurs conversations en polonais ne sont qu’un brouhaha, qu’un décor sonore. A l’extérieur de ce cube, un homme incarnant l’auteur de la pièce lui-même décrit la situation, assis dans un fauteuil. Il n’aurait pas dû venir, il hait ces gens et ces gens le haïssent tous autant qu’ils se haïssent entre eux. Mais ils sont réunis pour honorer la mémoire de Joana, une amie artiste qui vient de se suicider. Les sujets de discussion se détournent très vite de la jeune défunte, et ce ne sont plus que des dialogues sourds qui brisent le lourd silence. Tous ont quelque chose à dire, un avis à donner, mais aucun d’entre eux ne fait preuve d’écoute.

Au cours de la pièce, les temporalités viennent se superposer avec fluidité grâce à la projection de vidéos, à l’intervention de voix et de personnages et aux changements d’espace. On assiste à quelques scènes purement oniriques qui viennent interroger les motifs profonds du suicide. Il semble finalement que la voie choisie par Joana soit la seule issue possible à la folie de cette société. En effet, tous ces artistes qui défilent sur scène sont à la fois poussés par la recherche de la gloire et rongés par des questions existentielles.

C’est une critique virulente de la société artistique viennoise des années 80 qu’expose Thomas Berhardt, auteur de la pièce. Il ne prétend pourtant attaquer personne, malgré la violence de ses propos. Il ne fait qu’écrire une réalité, la vérité crue explose d’elle-même. Krystian Lupa, le metteur en scène, figure d’honneur du festival d’Automne, dissèque ces âmes tourmentées en offrant un spectacle d’une esthétique exceptionnelle. Couleurs, lumières, musique : rien n’est laissé au hasard pour construire cette atmosphère si particulière et si captivante.

DONC ?!

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Pour apprécier les 4h40 de représentation, il est nécessaire d’être bien installé et d’avoir à l’esprit qu’un dîner artistique n’est pas qu’excitation et extravagance. C’est aussi un laboratoire de psychologie humaine, où les tensions se lisent dans les silences, les détails des postures et les nuances des expressions. Si l’on prend le spectacle dans sa globalité, il est d’une grande qualité et révèle l’engagement de son créateur pour l’amour pur de l’art et la liberté d’expression.

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