VAISSEAU FANTÔME

Les salles du 6b prennent la forme, le temps de quelques semaines, de ce que les commissaires Sandrine Elberg et Céline Tuloup ont nommé un « vaisseau fantôme ».

Plus qu’une succession d’œuvres, il s’agit d’un instant d’immersion au cœur d’un univers onirique au sein duquel déambulent des fantômes, des astres et des objets énigmatique. Les dessins, peintures, sculptures, installations et photographies qui y sont présentés ont quelque chose de déstabilisant. Viennent-ils d’un monde parallèle ? Ou bien sont-ils simplement les futurs vestiges de notre monde actuel ? Que ce soit dans les mythes grecs ou égyptiens, le symbole du « vaisseau fantôme » fascine. Les passeurs qui les dirigent conduisent les vivants vers la mort en empruntant des chemins mystérieux qui lient les deux rives sans n’appartenir à aucun des deux bords. Leur traversée s’effectue dans une sorte de no man’s land où ni l’espace, ni le temps, ni les êtres qui peuplent la zone ne nous sont familiers. Dans cet univers, nous déambulons comme des intrus au milieu des absents, dont la non-présence prend paradoxalement une place immense.

Anne Guillotel, archipel, 2013, huile sur toile, 97 x 146 cm

Les artistes ont donc imaginé ce à quoi pourrait ressembler cet espace nébuleux en créant des panoramas, en inventant des personnages ou des situation et en réalisant des pièces aux formes abstraites ou surréalistes. Comme ces météorites en polyester pigmenté, de Samuel Aligand, qui apparaissent régulièrement sur les murs comme les témoins d’une catastrophe interstellaire. Ou comme ces fragments osseux réalisés par Laurent Le Bourhis, exposés comme des objets d’étude anatomique après avoir été extraits d’une fouille archéologique.
D’autres, comme Erwan Ballan ou Jean-Philippe Brunaud, s’intéressent aux personnages qui pourraient possiblement hanter le vaisseau. Entre la vie et la mort, ils témoignent à la fois de la transition complexe entre une rive et l’autre et de l’importance que prennent les absents dans notre société. Les fantômes de Jean-Philippe Brunaud manifestent pour retrouver leur place auprès des vivants avec une rage qui émeut et inquiète en même temps.

Jean-Philippe Brunaud, We Want (série Tired Ghost), peinture et acrylique sur toile, 130 x 195 cm. Crédits photo : Gaelle Hubert

Avec la peinture, le dessin, la broderie ou l’installation, les artistes nous présentent aussi des paysages imaginaires qui tiendraient lieux de théâtre à cette sombre procession. Alors qu’Hervé Ic propose un univers radicalement chaotique, d’autres artistes offrent une vision plus apaisée de la zone fantôme. Pour la plasticienne Iris Gallarotti et la photographe Sandrine Elberg, il s’agit d’un monde nocturne où évoluent avec finesse des éléments cosmiques et organiques. Bogdan Pavlovic exploite quant à lui des territoires existants et cartographié pour les brouiller leurs frontières avec celles de la fiction. Malgré la diversité des supports et des représentations, les artistes semblent se retrouver autour de l’idée de passage et de transition. 
Cette notion est également au cœur du travail photographique d’Ana Bloom. Pour sa série « Souffles », elle a invité des individus à poser sous l’eau, proche de zones de migration. La respiration coupée dans cet environnement hostile, ils flottent encore, luttant contre la noyade mais aspirés par celle-ci. Privés de souffle, donc d’humanité, ils sont comme les passagers du « vaisseau fantôme » qui aspirent encore à vivre.

Ana Bloom, Souffle, photographie

Les commissaires de l’exposition nous proposent donc de vivre une expérience intéressante en nous faisant voyager dans ce monde inexploré qui continue de fasciner les vivants et qui nous mène à nous interroger sur la place des absents dans notre quotidien.

Ne manquez pas la visite de l’exposition, ce dimanche 18 juin à 14h !


Exposition jusqu’au 24 juin
Entrée libre
Le 6b, 6-10 quai de Seine – 93200 Saint-Denis
01 42 43 23 34
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