L’Art du Pastel, de Degas à Redon

Du 15 septembre 2017 au 8 avril 2018, le Petit Palais lève le voile sur l’un des pans les plus secrets de sa collection… Plus de 130 pastels, sélectionnés par Gaëlle Rio, la commissaire de l’exposition qui est également Conservatrice au Petit Palais, sont exceptionnellement visibles pendant 6 mois !

D’une extrême fragilité, ces pièces délicates sont d’ordinaire conservées en réserve, à l’abri de la lumière et des vibrations causées par les transports : elles ne sont ainsi que rarement montrées et n’ont jamais été prêtées ! Dès l’introduction, nous apprenons qu’après un âge d’or atteint au XVIIIe siècle, le pastel semble être tombé en désuétude au siècle suivant. Il est alors supplanté par la peinture à l’huile et, dès lors, surtout employé pour les esquisses et les dessins préparatoires. C’est donc un véritable renouveau qui s’opère dans le dernier quart du XIXe siècle : soutenue par la critique, la technique finit par s’imposer pour elle-même. C’est cet éveil d’un nouvel intérêt pour le médium, et son rôle incontournable dans l’émergence de nouveaux sujets et de formes esthétiques modernes, que l’exposition s’emploie à démontrer, à travers un intéressant parcours chrono-thématique. Nous y rencontrons des noms aussi célèbres que ceux de Berthe Morisot, Auguste Renoir, Paul Gauguin, Mary Cassatt ou encore Edgar Degas. Du beau monde !

Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842). « La Princesse Radziwill (1781-1808) ». Pastel et sanguine sur papier, vers 1800-1801. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

L’exposition se déploie en cinq temps : la scénographie matérialise bien le passage entre différents univers grâce aux couleurs des cloisons, qui changent à chaque étape de la visite. Le premier espace traite ainsi de la période précédent le renouveau du pastel, avec notamment le très beau portrait de la princesse Radziwill d’Elisabeth Vigée-Lebrun, qui accueille le spectateur dès son entrée. Sont ensuite traités successivement les thèmes du pastel naturaliste, impressionniste, mondain et symboliste.

Le pastel est présenté comme un matériau léger et extrêmement pratique, ne nécessitant ni préparation ni temps de séchage. Il s’agit donc d’un médium très prisé des naturalistes et impressionnistes souhaitant croquer la réalité sur le vif. Cette recherche est notamment visible dans le tableau Dans le parc, de Berthe Morisot. Comme on peut l’observer, l’artiste y saisit l’instant d’une promenade à grands traits rapides et spontanés. Ce faisant, elle abandonne la transcription fidèle du réel, au profit du rendu de ses vibrations lumineuses et mouvantes.

Berthe Morisot (1841-1895). « Dans le parc ». Pastel, vers 1874. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais

Passés maîtres dans leur art, les pastellistes excellent dans le rendu des chairs et des étoffes et sont donc sollicités pour des commandes de portraits bourgeois. Des artistes comme Pierre Carrier-Belleuse exécutent même d’audacieuses compositions, comme le nu de Sur le Sable de la dune, dont le modelé rivalise aisément avec celui que l’on pourrait contempler dans une peinture à l’huile !

Pierre Carrier-Belleuse (1851-1932). « Sur le sable de la dune ». Pastel sur toile, 1896. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

Le pastel a cependant une particularité, qui a très bien été explorée et développée par les artistes symbolistes. Le bâton dépose sur la toile une fine couche de poudre pouvant  être estompée pour créer des effets de « sfumato » vaporeux. Cette aura mystérieuse peut, dans certaines compositions, traduire le trouble engendré par la vision d’une figure féminine à la fois attirante et repoussante. La « femme fatale », thématique récurrente chez les symbolistes, est parfaitement illustrée dans l’exposition par le tableau Sur Champs d’or de Charles-Lucien Léandre. La muse, à l’expression malicieuse, apparaît dans une étrange pénombre malgré la luminosité d’un arrière-plan doré surréel. Ses contours sont diffus, comme dans un rêve ou dans une réalité altérée par la prise de substances psychotropes.

Charles-Lucien Léandre (1862-1930). « Sur champ d’or : Madame Lemoine, soeur de l’artiste », 1897. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

Un point très intéressant réside dans la mise en relation du travail de ces hommes et de ces femmes pastellistes avec celui de l’artiste contemporain Irving Petlin. Un espace, au centre de l’exposition, est dédié à l’accrochage de deux de ses pastels et à la diffusion de la vidéo de l’une de ses interviews. Une application, en version française ou anglaise, téléchargeable pour peu que l’on dispose d’un smartphone, est également disponible pour les plus curieux. En plus d’informations complémentaires sur certaines œuvres, elle permet d’accéder à deux autres vidéos sensibilisant le public au travail de la commissaire et des restaurateurs.

Odilon Redon (1840-1916). « Vieil ange ». Pastel et fusain sur papier beige collé sur papier, 1892-1895. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

L’exposition, dont le discours est d’un abord très accessible, permet donc de découvrir des œuvres à l’esthétique recherchée, d’une virtuosité parfois impressionnante. Rarement visibles, leurs techniques et thématiques sont de plus très variées. Franchement, foncez-y ! Il faut cependant essayer d’y aller en évitant les périodes de fréquentation élevée car les cloisons forment des espaces assez réduits, où la circulation, et surtout la contemplation des œuvres, sont rendues difficiles lorsqu’il y a trop de monde. A la sortie de l’exposition, assez brève, il est possible de poursuivre sa visite avec un second accrochage, de plus grande envergure : celui des œuvres d’Anders Zorn, artiste suédois qui n’a pas ou peu employé le pastel au cours de sa carrière mais a expérimenté d’autres médiums. Ce sont deux expositions à taille humaine, qui permettent en plus d’apprécier le magnifique écrin que constitue le Petit Palais. Si ensuite vous avez mal aux jambes, vous pouvez tout à fait revenir plus tard afin de découvrir le reste des collections permanentes : celles-ci sont en accès libre et gratuit pour tous tout au long de l’année !


L’Art du Pastel, de Degas à Redon – Petit Palais

Jusqu’au 8 avril 2018

Plein tarif : 10 euros ; Tarif réduit : 8 euros

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