Cy Twombly, les couleurs pour le dire

Cela fait plus de cinq ans que l’artiste américain Cy Twombly est décédé. Jusqu’au 24 avril 2017, le Centre Pompidou lui consacre une magnifique rétrospective.

« C’est l’artiste qui transforme ce qu’il touche en or, comme l’alchimiste » a un jour déclaré Cy Twombly. Il suffit de poser les yeux sur ses œuvres immenses pour constater la justesse des propos de l’artiste américain. Dans les salles d’exposition, la peinture industrielle se déploie sur la toile ou le papier, parfois sur plusieurs mètres. Parmi les techniques privilégiées par Cy Twombly, on trouve aussi la mine de plomb et le crayon de couleur. Des techniques simples, modestes, qui dégagent une incroyable authenticité.

Volubilis, 1953, Mine de plomb blanche, peinture industrielle, crayon à la cire sur toile, 139,7 x 193 cm. Cy Twombly Foundation, en dépôt à la Menil Collection, Houston. © Cy Twombly Foundation, courtesy The Menil Collection

Les couleurs, pastels ou flamboyantes, tiennent une place essentielle dans le travail de Cy Twombly. Elles savent évoquer à elles seules la sensualité d’un corps, la douceur d’une saison ou la violence d’un empereur. Par exemple, dans la série Nine Discourses on Commodus, l’artiste retrace la dégénérescence sanglante du règne de Commode à l’époque antique. Les formes colorées se suivent dans un mouvement narratif et expriment avec une incroyable clarté la pensée de l’empereur sanguinaire.

Vue de la série Nine Discourses on Commodus, 1963. Guggenheim Bilbao Museo, Bilbao. © Cy Twombly Foundation

C’est notamment dans cette capacité à condenser un récit ou une personnalité en une seule œuvre que l’on reconnaît le talent rare de Cy Twombly. Avec son propre langage pictural, il nous conte les grands mythes antiques et plonge dans la vie des héros et des dieux. Il parcourt la Guerre de Troie, nous donne un aperçu des bacchanales, mais explore aussi la culture égyptienne avec le voyage nocturne des pharaons défunts. Au cours de ses voyages, il nourrit son intérêt pour le passé, l’histoire, les ruines et étanche sa soif de curiosité. Ses œuvres recèlent une multitude de références et de citations, comme sa peinture School of Athens, qui fait écho à la célèbre fresque de Raphaël.

School of Athens, 1961, Huile, peinture industrielle, crayon de couleur et mine de plomb sur toile, 190,3 x 200,5 cm. Collection particulière. © Cy Twombly Foundation

Cy Twombly produit également des sculptures, qu’il élabore à partir de matériaux issus de ses voyages. Bois, clous, ficelles… l’artiste reconstruit des ruines à partir de ces matières brutes. Il les fige ensuite, comme les antiques statues de marbre, en les badigeonnant de peinture blanche. Ses œuvres se situent ainsi à l’intersection entre le passé détruit, le présent en reconstruction et l’éternité pétrifiée.

Winter’s Passage Luxor (Porto Ercole), 1985, Bois, clous, peinture, crayon de couleur sur papier, 53,5 x 105 x 51 cm. Kunsthaus Zürich, Zurich. © Cy Twombly Foundation, courtesy Kunsthaus Zürich, Zürich

Enfin, c’est en voyant ses photographies que l’on saisit vraiment la personnalité de l’artiste. Longtemps méconnues, elles révèlent son obsession pour l’esthétique de la matière et de la composition. Ses natures mortes, où l’équilibre des formes est associé au travail de la lumière, s’inscrivent dans une tradition picturale héritée de la Renaissance. Mais surtout, la photographie est pour lui une manière de saisir un souvenir, une impression floue vouée à l’oubli.

Il n’y avait pas meilleur endroit que les salles épurées du Centre Pompidou pour accueillir le travail d’un artiste d’une telle générosité. Les explosions de couleurs, la modestie des matériaux et la sensibilité de Cy Twombly vous émouvront certainement.


Du 30 novembre 2016 au 24 avril 2017 
Centre Pompidou – Paris

Plein tarif : 14€ ; Tarif réduit : 11€

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