Eric Liot, artiste plasticien – L’entretien

 

Nous avons rencontré Eric Liot au château du Val Fleury à Gif-sur-Yvette à l’occasion de son exposition intitulée « Too Much » – commissariat réalisé par Laurence D’Ist dont vous pouvez lire l’entretien ici – mêlant deux artistes, Bernard Pras et lui-même. Nous avons à cette occasion pu entretenir Eric Liot, artiste plasticien jouant des icônes pop-culturelles. Nous vous laissons donc découvrir son parcours et ses conseils !

eric liot

Manon Raoul : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Eric Liot : Je m’appelle Eric Liot, j’ai 51 ans et j’ai fait des études d’architecture. J’ai arrêté en troisième année afin de devenir artiste après avoir travaillé dans un atelier de création autour de la bande-dessinée. J’ai, par la suite, commencé à faire mes premières expositions et je suis donc devenu artiste. J’ai ainsi un DEUG d’architecture à L’Ecole d’Architecture de Normandie à Rouen et j’ai réalisé ma troisième année à l’UEP6 de Paris.

MR : Pourquoi avez vous quitté l’architecture afin de devenir artiste ?

EL : Pendant mes études d’architecture je dessinais des meubles, je voulais être designer. J’ai voulu rentrer à une école qui s’appelle Les Ateliers, une école de design à la Bastille mais je n’ai pas été reçu et j’ai donc fais archi à la place. Je me suis tout doucement rendu compte que je ne voulais pas des contraintes de l’architecture. Je ne voulais pas être architecte de banlieue ou de lycée, je voulais être Le Corbusier ! (rire) Je me suis donc tourné vers le design et j’ai travaillé dans un atelier de création afin de payer mes études. J’y ai appris à peindre, à utiliser des bombes, à travailler avec les mains, et c’est venu tout doucement.

MR : Et vous arrivez à en vivre aujourd’hui ?

EL : Oui, et ça fait très longtemps même ! J’ai commencé à pas mal vendre quand je suis rentré dans la première galerie un peu sérieuse, à côté de Beaubourg et la j’ai commencé à vendre. Et puis après il y a eu des hauts et des bas, j’ai connu un peu la crise dans les années 90-92. Maintenant ça fait un petit bout de temps que ça marche bien, même très bien.

WARNER BROS 2014, 190 x 143 cm Assemblage bois, collage, acrylique, objets divers

WARNER BROS
2014, 190 x 143 cm
Assemblage bois, collage, acrylique, objets divers

MR : Avez-vous du démarcher des galeries ?

EL : Non jamais, la première fois c’était du hasard. Je connaissais une personne, un agent qui s’était proposé de m’aider et qui m’a trouvé une galerie. J’ai ainsi fait ma première expo, je ne faisais des œuvres que depuis seulement un an. Celle-ci s’est mal passée, mais après cette exposition cela s’est enchaîné avec d’autres galeries. Ça a démarré très très vite. Un peu par hasard.

MR : Comment trouvez-vous vos inspirations pour vos œuvres, aussi bien le sujet que la technique ?

EL : Cela vient tout doucement, on évolue entre les premières fois et maintenant. Ce que vous pouvez voir sur mon site est récent, cela ne montre pas ce que je faisais il y a 20 ans ou 15 ans. Ce n’était pas en couleur, des choses en rouille, en bois et en carton. Je faisais des machines avec ces matériaux. Je n’ai pas fait les Beaux-Arts, je n’ai pas appris de technique, je ne sais pas dessiner, je ne savais pas peindre. Tout doucement j’ai mis ma technique au point en bidouillant.

MR : Comment procédez-vous pour vos assemblages de bois ?

EL : C’est en général à base de contreplaqués, de bois découpés, de papiers marouflés, d’objets, de bois peints, c’est un mélange de plein de choses différentes, des collages différents, des choses que je peins et que je fais moi-même. Et normalement, le mélange de tout ça, si ce n’est pas trop mal fait, a une certaine cohérence.

CECI N’EST PAS DU STREET ART 2014, 140 x 130 cm Assemblage bois, collage, acrylique, objets divers

CECI N’EST PAS DU STREET ART
2014, 140 x 130 cm
Assemblage bois, collage, acrylique, objets divers

MR : Ce mélange brouille en effet notre perception, nous avons parfois du mal à discerner ce qui est peint de ce qui ne l’est pas. Tout cela est accentué par votre utilisation d’un vernis ?

EL : Le but est d’avoir une image homogène qui est propre à mon travail, lorsque l’on connaît mon travail, on reconnaît les vis et l’ensemble.

MR : Où trouvez-vous vos images ?

EL : Les images ? Et bien partout. Je recherche des choses qui m’interpellent, cela peut être dans des revues, sur internet, etc. Quand j’ai besoin d’une image, si j’ai besoin d’une image d’un homard ou d’un chevalier par exemple, je fais des recherches sur internet. Après, je fais aussi des photographies que je peux bidouiller ensuite avec un ordinateur. Je fais alors des tirages à la taille que je veux. Ça c’est pour ce qui est des collages. Après pour ce que je trouve, les objets, c’est dans les brocantes et les poubelles.

MR : Un peu comme Bernard Pras en soit ?

EL : Oui un peu comme Pras. Bernard n’utilise lui que les objets et il lui en faut beaucoup, ce n’est vraiment que de la sculpture. Alors que moi c’est un mélange de sculptures, toujours en relief. J’aime bien faire quelque chose entre la peinture et la sculpture. Selon les périodes, j’ai été plus peintre, je peignais directement sur le bois, sans collage. Le papier et les objets sont venus tout doucement par la suite. Maintenant je pense que ça rend bien et j’aurais du mal à refaire ce que je faisais avant.

MR : Pourquoi choisissez-vous des images en rapport avec la Bande-Dessinée et le Manga ?

EL : Parce que j’aime bien l’image, les personnages. J’aime le dessin des autres, donc quand je vois une image qui me plaît, je la prends ! Après ce n’est pas toutes les Bande-Dessinées, toutes les illustrations. Je n’y connais rien en Bande-Dessinée, c’est plutôt les illustrations qui m’attirent. Cela peut aussi être une affiche, mais je n’utilise jamais de photo, il faut que cela soit une illustration, du dessin. Je réalise ensuite un mélange de toutes ces images.

MR : Il y a beaucoup de références au skateboard dans vos réalisations, voir même de réelles planches !

EL : Oui j’étais skateur ! J’aime toujours l’imagerie, j’aime l’objet. C’est un code, surtout maintenant. A la limite il y a 15 ans je ne le faisais pas car ce n’était pas à la mode comme maintenant. Alors qu’aujourd’hui, chez Vuitton ils font des skates ! C’est une image un peu de street art, une image actuelle de rue. Même si je n’avais pas fait de skate je pense que je l’utiliserais quand même. Ce n’est pas pour faire branché, mais lorsque vous mettez un skateboard c’est un mot qui veut dire quelque chose, les objets utilisés sont comme des mots. Si vous mettez un texte en écriture gothique cela rappelle quelque chose, des images qui rappellent des choses dans l’inconscient des gens.

MR : Vous utilisez beaucoup de logos, sont-ils seulement là car vous les appréciez ou cherchez vous à réveiller des souvenirs aux spectateurs ?

EL : Cela me parle à moi comme cela parle aux gens, ils le reconnaissent et l’aiment. Je prends généralement les logos car ils me plaisent esthétiquement. J’aime le dessin du logo. Par exemple dans Ceci n’est pas du street art, l’éléphant rose est le logo de la marque de bière Delirium : justement j’aime bien ce logo rose sur fond bleu, je l’avais déjà utilisé il y a très longtemps et là je l’ai retrouvé sous un sous-bock probablement. Comme Bernard, selon les objets qu’il prend, le rendu et le sens est différent.

MR : Pensez vous être influencé par le travail de Bernard Pras, étant un ami à vous ?

EL : Un peu, on a souvent les mêmes goûts, les mêmes idées au même moment, voir l’Origine du monde. Mais notre façon de faire est très différente.

HAUT LES MAINS 2012, 85 x 100 cm  Assemblage bois, collage, acrylique, objets divers

HAUT LES MAINS
2012, 85 x 100 cm
Assemblage bois, collage, acrylique, objets divers

MR : Qu’en est-il du fait que vous utilisiez de plus en plus d’objets dans vos compositions ?

EL : Parfois il y a des petits objets, parfois il n’y a que du bois sans collage et sans couleur. Je m’ennuie vite, il faut que ça change. J’ai utilisé le plastique mais j’ai vite abandonné pour me tourner vers le bois qui est une matière plus agréable, j’aime le vieux bois, qui a vécu. Pour Mickey, j’ai fais quelque chose de très simple, avec peu de relief mais en utilisant du vieux afin de montrer que c’est un vieux jouet.

MR : On vous place souvent dans la catégorie de Pop Art, pensez vous y appartenir ?

EL : Oui et non, c’est ce que tout le monde pense. Maintenant il y a plein d’artistes pop car c’est l’époque qui veut ça. Moi je puise dans ce que je connais. C’est ma culture avec les Bande-Dessinées, les super-héros. Je suis pop dans mes images, mes matériaux mais moi, je raconte des petites histoires et je ne fais ni la critique de la société comme Warhol ni son éloge d’ailleurs.

MR : Afin de conclure cette interview, quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui souhaitent devenir artiste ?

EL : Artiste, on l’est, on ne le devient pas. On peut se perfectionner en faisant les Beaux-Arts, on peut apprendre des choses. C’est bien de baigner dans un milieu où il y a pleins d’artistes, c’est bien de s’inscrire dans une école d’art pour être avec d’autres gens qui veulent faire la même chose, on peut apprendre pleins de trucs. Il faut apprendre, voir ce qui se fait, aller dans les galeries, dans les expo, et puis après c’est l’envie, l’envie de faire. Il y a des gens qui ont l’envie mais pas le talent et puis il y en a certain comme moi qui sont autodidactes. Je n’ai pas fait d’études pour. J’ai la faiblesse de croire que j’ai un petit peu de talent. J’ai mis beaucoup de temps à penser que j’étais un artiste. Il faut faire ce qu’on doit faire et ne pas essayer de plaire. C’est un long cheminement, par exemple ce que je faisais avant n’était pas intéressant, mais cela le devient de plus en plus.

 

Site de l’artiste : http://eric-liot.com/

JOHNNY ROCKET L’AFRICAIN 2009, 64 x 44 cm Assemblage bois, collage sur boîte métallique

JOHNNY ROCKET L’AFRICAIN
2009, 64 x 44 cm
Assemblage bois, collage sur boîte métallique

 

 

Photographie Eric Liot © Christian Missia 2012

Photographies des oeuvres © Sandrine Liot ; Vincent Thfoin (Éric Liot) ; Tom Liot

 

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