Kimono – Au bonheur des dames

Dans son exposition « Kimono – Au bonheur des dames » le Musée national des arts asiatiques nous plonge dans l’univers, à la fois magique et fascinant, de la mode japonaise.

Sa pièce maîtresse : le kimono, ou kosode dans son appellation ancienne, nous frappe par l’originalité de sa forme et de ses motifs. Son évolution, que nous découvrons au fils de la visite, est présentée de manière à mieux nous faire comprendre la réutilisation d’éléments propres au kiomono dans la mode occidentale du XXème siècle. Un pari réussit qui nous fait voyager dans un autre monde !

Un peu d’histoire…

L’exposition se centre sur les fabrications de la célèbre Maison Matsuzakaya, experte en création de kimono. Dès 1736, la maison concentre son activité sur la vente au détail de kimono (de coton et de lin principalement). Le succès des pièces se développant, la maison ouvre un deuxième magasin dans la ville de Kyoto, première région productrice de kimono de très bonne qualité. Les pièces de l’exposition sont tirées de ce magasin, devenu en 1931 un centre de référence pour l’art textile. Bien conservées, elles ont été produites entre 1931 et 1939.

Paravent à six panneaux représentant des kimonos suspendus (tagasode) (paravent droit)
couleurs sur papier, première moitié du XIXe siècle, H. 153,7 ; L. 349,2 cm, Collection Matsuzakaya.
Crédits : J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum

Le kimono est composé d’un tissu très large et d’une grande ceinture, un obi, qui permet de le maintenir près du corps. L’inconfort du port d’un tel vêtement contraste avec le raffinement des dessins et broderie qu’on y voit. En effet, la ceinture, créée volontairement très large, est faite pour contraindre le corps, et limiter les gestes de celles qui les porte. Impossible donc de courir avec une telle tenue ! Le buste cintré du obi devient en réalité très rigide.

La beauté du vêtement demande donc de passer outre ces considérations pratiques, pour tourner son attention vers le drapé, la mise en forme ou les motifs. Brodés ou dessinés à même le tissu, les détails ne manquent pas d’attirer l’œil. Ce sont tantôt des oiseaux s’envolant, des maisons, ou des scènes de nature : la variété des motifs dépendant de la classe sociale à laquelle on se rattache. Ainsi, le kosode d’une femme appartenant à la classe guerrière différera de celui d’une marchande. Alors que le vêtement de l’une sera composée de motifs représentant des paysages ou des scènes faisant allusion à la littérature convenant à sa classe ; la seconde se contentera de scène beaucoup plus colorées et délicates.

Kosode à motifs de treilles de glycine, vagues et feuilles de chanvre
teinture en kanoko shibori sur un fond en crêpe de soie chirimen rouge,
seconde moitié du XVIIe siècle, H. 134 ; l. 56,5 cm, Collection Matsuzakaya.
Crédits : J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum

Emblème d’une société très codifiée, où chaque femme porte sur elle le signe de sa classe sociale, le kimono nous semble – au premier abord, bien éloigné de nos modes actuelles. Pourtant, l’exposition du Musée Guimet dément clairement ce préjugé, en nous représentant comment nombre d’artistes de la haute couture du XXème siècle surent réemployer la forme et le motif du kimono dans des pièces plus modernes, qui frappent par leur originalité.

Kosode à motifs de treilles de glycine, vagues et feuilles de chanvre
teinture en kanoko shibori sur un fond en crêpe de soie chirimen rouge,
seconde moitié du XVIIe siècle, H. 134 ; l. 56,5 cm, Collection Matsuzakaya.
Crédits : J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum

Jean-Paul Gauthier, John Galliano en passant par Yves Saint-Lauren ou encore par le moins connu Issey Miyake, les noms d’artistes qui s’inspirèrent dans leur création de la mode japonaise ne se comptent plus. La forme du kimono est remployée selon les inclinations de chacun. Si les pièces finales, au rendu stupéfiant, nous laisse admiratifs ; elles témoignent surtout d’un engouement pour la culture japonaise qui se traduit ici par un foisonnement de motifs rappelant le kimono.

Le Musée national des arts asiatiques réussit à nous transporter, à nous faire voyager dans un univers féerique, peuplé de vêtements qui dénotent autant les uns que les autres par leur forme et leur originalité. L’ancrage du kimono dans un cadre très strict – celui d’une société rigide aux classes sociales bien définies, est rompu par la réutilisation moderne des motifs qui le composent. Une interprétation qui rime fort avec libération – pour notre plus grand bonheur !


Musée National des Arts Asiatiques Guimet

Du 22 février au 22 mai 2017

Tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h

Tarifs : 9,50€ – 7€

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