L’AUTRE… DE L’IMAGE A LA REALITE 1/3 : VERS L’AUTRE

C’est avec la commissaire Blandine Roselle que s’ouvre un nouveau cycle d’expositions à la Maison Populaire de Montreuil.

Pour le premier volet, « Vers l’autre », les artistes se focalisent sur la disparition de peuples lointains aux modes de vie traditionnels. En s’engageant auprès des populations touchées par cette extinction, ils opposent leur vision à celle des scientifiques. Ils s’interrogent sur la préservation et la transmission des cultures, mais aussi sur le fossé entre la réalité et les images anthropologiques.

Vue de l’exposition. Crédits photographiques Aurélie Cenno

Avant même de plonger au cœur du sujet, les artistes font face à une problématique majeure : quel est leur rôle face à cette extinction ? Quelle doit être leur position ? En guise de réponse, Thi Trinh Nguyen – artiste originaire d’Hanoï – expérimente différentes prises de vues pour capturer les images d’une population vietnamienne menacée, les Chams. Doit-elle les filmer de près, de loin ? De face ou de 3/4 ? Son travail, qui se situe entre le documentaire et la fiction, soulève également la question de la préservation du patrimoine culturel. Est-ce en le transmettant qu’on le sauvegarde, et cela au risque de le figer ou de le détruire ?

Mario Pfeifer utilise lui aussi le montage vidéo. Il créé une résonance entre le passé et le présent du peuple des Yaghans, anciennement indigène. Il joue avec la superposition de photographies d’archives et d’images actuelles, mais aussi avec la réinterprétation électronique d’une musique enregistrée en 1924. Dans ses vidéos, on voit le peuple des Yaghans intégré à la modernité, au monde industriel où le vivant et le temps ont été dépourvus de leur valeur. La violence de cet arrachement, de ce déracinement, est palpable dans le rythme soutenu et saccadé des images filmées.

Mario Pfeifer, Approximation in the digital age to a humanity condemned to disapear, 2014-2015. Trois vidéos. Crédits Aurélie Cenno

Il semble que dans cette superposition du passé et du présent, le premier vienne éclairer le second. Pour Nicolas Henry, il faut revenir aux sources et mettre en lumière le passé pour comprendre le présent et imager un futur meilleur. Le photographe a donc construit un conte en photographies avec les habitants du Southside de Chicago – quartier le plus violent des États-Unis – et les Native Americans Navajos. Il permet ainsi aux deux communautés de réinvestir l’histoire des États-Unis  pour se projeter, par la narration, dans un futur pacifique. Sa démarche s’appuie sur la collaboration avec les habitants du quartier, avec qui il met en scène des personnages, des situations, des récits. Chacun trouve sa place et son importance dans les compositions, dont l’esthétique travaillée renvoie à la fois au théâtre, au cinéma et aux arts plastiques.

Il se questionne aussi la transmission de valeurs d’une génération à l’autre à travers l’oralité et l’image. Nicolas Henry se rend dans des villes ou des villages et va à la rencontres des anciens. Il recueille des fragments de vie et construit avec eux des cabanes à leur image. Toutes les photographies et tous les textes qui naissent de ce travail sont singuliers, mais une idée commune semble se dégager. Tous les témoignages évoquent la disparition de la transmission. Sans connaissances communes, sans repères, les nouvelles générations vivent dans la fragilité et semblent plus vulnérables.

Les rencontres et les liens tissés avec les populations apparaissent comme une richesse incroyable dans le travail de certains artistes. Patrick Willocq, par sa démarche collaborative, fait partie de ceux-là. C’est vers le Congo, où il a grandit, qu’il décide de revenir et d’ancrer son travail photographique. Avec les femmes « Walés », qui vivent en réclusion après leur premier enfant, il met en scène les chants qu’elles créent pour le jour de leur libération. Elles y évoquent leur expérience personnelle en tant que Walés : elles parlent de jalousie, de devoir, de fierté. Pour finir, Patrick Willocq se joint à un ethnomusicologue pour enregistrer leurs chants. Il garde ainsi trace de ce jour si important pour les Walés et participe à la transmission et la valorisation de leurs paroles.

Patrick Willocq, Série Je suis Walé, respecte-moi (détail), 2013. Photographie. Crédits Aurélie Cenno

Pour réaliser cette exposition, Blandine Roselle, commissaire de l’exposition, s’est entourée d’artistes talentueux qui portent différents regards sur l’Autre. Malgré leurs différences, tous ont plongé au cœur des cultures et des communautés afin de rendre compte de l’extinction alarmante de nombreux peuples aux quatre coins du globe. En s’intéressant à ce qu’il reste de vivant au sein de cette destruction, leurs visions s’opposent à celle des scientifiques, toujours à la recherche d’une plus grande objectivité, qui mène parfois à la destruction.


Maison Populaire

9 bis, rue Dombasle 93110 Montreuil

Visites commentées gratuites

Du 18 janvier au 18 mars 2017

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