Mini Critique #18 – American Honey

Parfois, la vie nous tend une main généreuse. Il s’agit alors de savoir l’attraper, de sauter dans le vide et de croiser les doigts.

American Honey


De : Andrea Arnold

Durée : 2h43

Sortie : 8 février 2017

Résumé : La réalisatrice Andrea Arnold nous emmène sur les routes ensoleillées d’Amérique, à la rencontre d’un groupe de jeunes libres, déjantés, mais en réalité un peu perdus, qui gagnent leur vie en vendant des magazines.


Star est une jeune américaine pure souche. Un jour, elle saisit sa chance en laissant derrière elle son frère et sa sœur aux mains d’une mère irresponsable. Elle fuit son père abusif, sa maison délabrée et sa condition sans avenir, pour rejoindre une bande de jeunes nomades rencontrés dans un supermarché. Ils traversent l’Amérique en van et gagnent leur vie en vendant des magazines. Leur objectif ? « To make money ». Tout est bon pour faire vendre : pitié, mensonges, charmes… Grâce à cet argent, ils vont de motel en motel, s’alcoolisent et se défoncent au bang. Aux yeux de n’importe quel fêtard, ils vivent une vie de rêve.

Se lasseront-ils de ces plaisirs aussi intenses qu’éphémères ?

Do they have any dreams ? A vrai dire, personne ne leur a jamais posé la question. Si on leur donne l’occasion d’y réfléchir, ils parlent de maison dans les bois, de caravane, de famille. De choses simples, en somme. Derrière les excès et les artifices des stupéfiants, peut-être cherchent-ils simplement à vivre pleinement. Vivre avec intensité et authenticité pour ne rien regretter. En vérité, ils semblent craindre le vide, l’ennui, la monotonie. Ils cherchent à combler l’angoisse qu’ils éprouvent devant un avenir sans perspective, devant le vide existentiel de leurs vies. 

Dans American Honey, il y a beaucoup d’amour. De l’amour entre ces jeunes, ces corps sensibles, mais aussi dans leur innocence, dans leur manière de vivre et de voir les choses. Ils appréhendent le monde à travers le prisme de la joie et s’abandonnent tout entiers aux expériences auxquelles ils goûtent, parfois au risque de s’auto-détruire. Ils rencontrent des âmes soeurs, s’attachent beaucoup trop vite et souffrent de leurs premières grosses déceptions amoureuses. Star et Jake vont-ils finalement réussir à construire quelque chose, à s’installer ensemble dans les bois avec leur caravane imaginaire ? Leurs sentiments bouillonnent, leur jalousie les blessent, mais ils semblent croire à la magie de leur premier regard. 

Star, incarnée par Sasha Lane, est une héroïne attachante. Elle nous fait autant partager sa soif de liberté et sa passion amoureuse que ses hésitations et ses désillusions. On rentre petit à petit dans son intimité, on apprend à lire les expressions de son visage et les trémolos dans sa voix. C’est d’ailleurs ce qui fait toute la force du film : les personnages n’ont pas besoin de parler pendant des heures pour qu’on comprenne ce qu’il se passe dans leur tête. Les acteurs sont tous très justes dans leur jeu, ils sont véritablement habités par leur personnage et leur mode de vie.

La réalisatrice Andrea Arnold a magnifiquement porté à l’écran cette histoire fictive, qui s’inscrit pourtant dans une réalité : celle des « mag crews » des États-Unis. Elle est allée à la rencontre de la jeunesse américaine défavorisée pour en dresser un portrait loin des stéréotypes. Ces jeunes qui partent pour la route pensent ne rien avoir à perdre. Pas de famille, pas d’amis, pas d’argent ou de toit décent. Ils vivent une liberté totale mais sont souvent profondément perdus entre leurs aspirations et leur avenir sans perspective.

Donc ?!

American Honey est définitivement un road-movie très réussi. Ne soyez pas inquiets devant la longueur du film : vous ne verrez pas filer les deux heures et quarante trois minutes…

 

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