Rodolfo Oviedo Vega, Artiste et Directeur d’association – l’entretien

Nous sommes allé à la rencontre de Rodolfo Oviedo Vega, artiste et directeur de l’association Jour et Nuit Culture, lieu de création artistique mêlant résidence d’artistes et événement culturels tels que des expositions, des débats et des festivals de cinema.

Hey Listen : Pouvez vous nous présenter le projet de l’association Jour et Nuit Culture ?

Rodolfo Oviedo Vega : L’objectif principal de cette association est de défendre le droit à la création. Jour et Nuit Culture est née du fait que Alejandro Saga, Morgane Planchais et moi avions besoin d’espace pour travailler. Ainsi nous avons décidé de créer un véritable espace de création. Ce dernier est dédié à tout le monde, mais on s’est essentiellement focalisé sur des artistes étrangers, car ce sont eux qui ont le plus souvent des difficultés à trouver des ateliers à Paris ou à bénéficier des aides existantes pour la création. C’était d’ailleurs notre cas au début, c’est pour cela que nous avons souhaité partager cet espace. Ainsi l’association a accueillie dans un premier temps environ 45 artistes en permanence au sein des 21 ateliers situés Rue Saint Charles, après, nous nous sommes diversifié en proposant d’autres activités mais la principale reste encore la résidence d’artistes.

Équipe de Jour et Nuit Culture lors de la visite de Murakami

Équipe de Jour et Nuit Culture lors de la visite de Murakami

HL : Qu’elles sont les grandes étapes de la création de l’association ?

ROV : Nous avons commencé par prendre possession d’un lieu en 2010, puis nous avons fait les démarches juridiques afin de justifier nos activités. Nous avons ensuite entrepris des travaux dans ces locaux situés au 61 rue saint Charles afin de recevoir des artistes et de créer des ateliers. Puis, pour maintenir en place ces structures, nous avons cherché de quelle manière avoir des ressources. On a alors mis en place une cotisation de la part des artistes résidents puis, dans un second temps nous nous sommes mis à proposer des espaces à d’autres artistes dans le domaine des arts vivants, mais également des espaces pour des cours de yoga ou de danse par exemple.

Composition N°500, 200x400 cm, feuille d'or et acrylique, Paris 2015

Composition N°500, 200×400 cm, feuille d’or et acrylique, Paris 2015

HL : Quel a été le rôle de la mairie de Paris dans la mise en place de ce projet d’association ?

ROV : A l’initiative de Bertrand Delanoé, la mairie de Paris a mis à disposition des locaux vides pour des collectifs artistiques. Ainsi nous avons été le premier lieu à Paris à bénéficier de ce projet. Nous nous sommes donc engagés à quitter les locaux rue Saint Charles pour nous installer à Saint Michel et la mairie a donné sa confiance au collectif en contribuant à subventionner une partie du loyer.

HL : Pourquoi avoir choisit de faire cette association à Paris ?

ROV : Le système nous a permis de le faire ici. On vient du milieu des squats, on savait comment prendre possession d’un lieu. Apres la difficulté résidait dans la partie législative :  comment faire en sorte que le projet soit adopté ? La partie légale est plus compliquée que de juste prendre possession d’un lieu. Nous souhaitions avoir des espaces corrects pour travailler dans les meilleures conditions, cela nous a donc poussé à négocier un contrat dans le cadre de la loi, et cela était d’avantage réalisable à Paris plutôt qu’ailleurs.

HL : La plupart de vos artistes-résidents sont de nationalités différentes. Pourquoi est-ce si important de représenter différentes cultures au sein d’un même endroit à Paris ?

ROV : Parce que ça reflète Paris ! Et puis c’est un atout. Nous souhaitons jouer un rôle pour ces artistes étrangers, un rôle d’intégration. En même temps ça nous permet de nous intégrer en tant qu’association dans le quartier. C’est pour ça que c’est si important de faire des partenariats locaux qui font entrer en jeux ces différentes nationalités. On a donc décidé de créer un partenariat avec le cinéma –  avec le projet Images Nomades qui diffuse des films d’origines différentes. On ne connaissait rien au cinéma, mais c’était pour l’association une première étape dans la mise en place d’activités hors les murs. Ainsi on a pu prendre conscience de notre capacité à gérer aussi des choses à l’extérieur de l’immeuble, et ce dans la volonté de créer un partenariat de confiance au sein de notre quartier.

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HL : Pouvez vous nous parler des futurs projets de l’association ?

ROV : Nous allons tout d’abord maintenir les portes ouvertes tous les mois. Il faut que ce soit une activité régulière afin de créer une habitude pour les habitants du quartiers, de leur montrer que nous existons. Ensuite, en septembre, on commence avec le projet d’Andonio Nodar : « from portrait to self-portrait’‘, qui consiste à photographier les artistes-vivant d’une ville. Ainsi les artistes parisiens vont défiler dans l’association, il va les photographier, leur donner une copie de la photographie afin que ces artistes puissent travailler sur leur propre portrait. On va donc tenter de monter une exposition avec toutes ces œuvres là. Pour le moment il y a déjà 350 artistes qui ont intégré le projet (dont Julio Le Parc ou Antoni Tapiès), et on espère avoir plus de 1000 artistes d’ici décembre. L’idée est de faire ensuite donation de ces œuvres à la ville afin qu’elles soient exposées dans un lieu correct. On a d’ailleurs déjà fait un accord avec la mairie de Cachan. Puis, on va faire des essais de projections de cour-métrages dans le cadre des Images Nomades afin de rassembler au cours d’une soirée plusieurs réalisateurs qui pourront échanger avec leur publics.

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Rodolfo Oviedo Vega profite ainsi de cet espace pour créer des peintures abstraites empruntes de lyrisme. Originaire de El Salvador, il aime repousser les limites de la matière picturale en intégrant divers matériaux à ses œuvres. Cela lui permet ainsi de matérialiser les souvenirs de ses voyages dans ses toiles.

HL : Dans vos œuvres vous mélangez des influences provenant des différents pays que vous avez parcourus à travers vos voyages, pourquoi est ce si important de mélanger ces cultures ?

ROV : Selon moi, l’Art doit retranscrire un vécu ou bien des phénomènes sociaux, naturels ou autre. Comme j’ai beaucoup voyagé j’ai cherché un moyen d’exprimer ce vécu là. Le sujet du voyage et des migrations me passionne. C’est ça mon sujet : tous les motifs pour lesquels un homme se déplace. Pourquoi moi-même je me déplace ? Cela peut être pour un motif économique, politique, pour enrichir l’âme, comme quand on fait un pèlerinage à la Mecque ou au lieu de naissance du Bouddha. Il y a d’ailleurs toujours eu ce sens du sacré dans mon art. A chaque période j’ai trouvé des moyens d’exprimer cela, en ce moment c’est à travers l’usage de l’or car c’est un élément qui renvoi au sacré dans toutes les cultures.

Composition n°450, 161x130 cm, Paris, 2013

Composition n°450, 161×130 cm, Paris, 2013

HL : Vous utilisez également des matériaux très variés dans vos oeuvres. Pourquoi cette attention accordée au choix des matériaux ?

ROV : Quand on voyage, certes il y a la photographie, mais elle n’est pas un souvenir matériel en soit. Je choisit des choses imprégnées du lieu, ce sont des témoignages matériels de l’endroit en question. Il y a un souvenir dedans, une valeur plus riche, qui a son propre témoignage en lui même. A partir de ce constat là, il me semble évident de pouvoir mélanger ces éléments dans mes œuvres. Le fait de mélanger les matériaux renvoi à mon bagage culturel, à mon vécu. C’est un témoignage et c’est un rappel, car quand tu revois ton travail, cela te rappelle des moments que tu as vécu, et tu te vois toi même. C’est exactement comme dans la vie, quand on relis des notes que l’on a écrites ou des choses que l’on a fait il y a un certain temps et que l’on reviens sur nos pas en se demandant comment on en est arrivé là.

Composition n°509, 35x35cm, acrylique, Paris, 2016

Composition n°509, 35x35cm, acrylique, Paris, 2016

HL : Pouvez vous me parler de votre parcours en tant qu’artiste ?

ROV : Durant mon enfance j’allais à une école jésuite, j’ai donc reçu une éducation très rigide. Puis à 12 ans j’ai intégré unconservatoire d’art où je me suis spécialisé dans le dessin et la gravure. J’ai commencé à peindre en 2005. A 15 ans j’ai commencé à travailler pour un journal, puis à 17 ans j’ai ouvert un bar-galerie à El-Salvador. Le but était de proposer à des étudiants qui n’avaient pas beaucoup de ressources des repas dans un espace artistique. Ainsi, on mangeais au milieu des expositions. C’est à partir de là que je me suis mis véritablement à vivre de mon art. Après, j’ai beaucoup voyagé : en Colombie, au Guatemala, au Mexique. Puis je suis venu en France où j’ai réalisé des expositions dans le sud de la France. Ensuite, je me suis installé à Paris, je vivais dans la rue, et on m’a parlé d’un squat. Je me suis intégré à ce collectif et y ai rencontré Alejandro Saga. Mes deux premières années en France étaient vraiment dures. Mais quand on m’a proposé un billet d’avion pour rentrer à El Salvador, j’ai dit non.

HL : A quel moment avez vous décidé de faire de la peinture abstraite ?

ROV : Alors que je voyageais, je ressentais cette volonté de représenter ce que j’étais entrain de vivre, mais je ne souhaitais pas le faire de manière académique comme on me l’avait appris à l’école. Cela ne suffisait pas à représenter ce que je vivais.  Les indiens font des patchwork avec des éléments de leur passé, j’ai voulu faire de la même façon un patchwork de ce que j’étais entrain de vivre. Puis j’ai appliqué des couleurs et c’est devenu abstrait.

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Prix du Sénat 2016

Aujourd’hui, artiste de renom, Rodolfo Oviedo Vega cumule les casquettes : artiste peintre, directeur de l’association Jour et Nuit Culture mais aussi vice-président de l’association ACA (Association Centro Américaine) pour la culture de l’Amérique Central. Il a reçu le Prix du Sénat Français cette année et expose dans le monde entier.

Site internet : http://www.jouretnuitculture.org
http://www.oviedovega.com/

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