Viva Villa !, le festival des résidences d’artistes

Une première pour le blog, un article à deux mains d’Evelyne et Manon ! Nous avons visité pour vous le Festival Viva Villa à la Cité Internationale des Arts de Paris, situé à Montmartre. Le festival regroupe des artistes de trois résidences : la Villa Médicis, la Casa Velasquez et la Villa Kujoyama. On a sélectionné pour vous trois de nos coups de coeur, bonne lecture !

Pour l’occasion, nous avions accès aux ateliers des artistes de la Cité Internationale des Arts sur leur site situé à Montmartre, ainsi qu’à leur jardin pour découvrir des oeuvres de chaque Villa.

Nous avons donc sélectionné pour vous trois coups de coeur ❤, un artiste pour chaque villa :

La Villa Médicis, à Rome

Alvise Sinivia, par Evelyne Eybert

Performance Cordes à vides d’Alvise Sinivia, viva villa 2017, crédits photographiques Cynthia Charpentreau

L’oeuvre présentée par Alvise Sinivia constitue un curieux assemblage, à mi-chemin entre sculpture et instrument de musique. De là où on l’aperçoit (son espace de présentation est clos par une bande qui empêche les visiteurs de s’approcher d’elle), on identifie deux structures reliées entre elles par des liens fragiles. Ces fils de nylon, quasiment imperceptibles, sont seulement révélés par endroits grâce aux reflets de la lumière.

Les deux compositions ainsi reliées sont constituées de pièces de bois de différentes essences, que l’œil ne tarde pas à identifier : ce sont les parties constitutives d’un piano, démontées puis remontées dans un agencement inhabituel, qui a quelque chose d’un peu dérangeant…

Interpellé, on s’empresse de lire le cartel. On y découvre que cette œuvre, qui se nomme Cordes à vides, peut-être « activée » par l’artiste, Alvise Sinivia, pensionnaire à la Villa Médicis. Pianiste de formation, son rapport à l’instrument, ambigu et douloureux, a évolué vers un corps-à-corps singulier : « En 2008, une douleur persistante dans mon majeur devint source d’ennuis, et ne pouvant jouer comme auparavant ma main trouvant mille subterfuges se contorsionna pour toujours actionner les touches du piano ; mais d’une manière étrange. Rapidement, mon coude se fit musicien, puis le bras, l’épaule, tous voulurent s’exprimer. » Avec ces images en tête, le regardeur fait rapidement l’analogie entre les os du squelette humain et l’armature du piano ainsi démantelé.

Qu’on l’observe activée ou inerte, cette œuvre joue indubitablement sur les contrastes : les pleins et les vides, les éléments légers et massifs, l’évocation d’éléments organiques par des éléments manufacturés… On aurait voulu voir (et entendre !) à quoi pouvait bien ressembler la mise en mouvement de cette « carcasse » potentiellement pleine de poésie, mais nous n’avons pas pu l’observer au moment de notre venue.

Performance Cordes à vides d’Alvise Sinivia, viva villa 2017, crédits photographiques Cynthia Charpentreau

La Villa Kujoyama, à Kyoto

Jean-Sébastien Lagrange, par Manon Raoul

Viva Villa 2017 (crédit photo : Angélique Gilson)

Diplômé de l’École Boulle puis de l’École Nationale supérieure de création industrielle à Paris, Jean-Sébastien Lagrange a réalisé plusieurs scénographies pour la Manufacture nationale de Sèvres ou encore l’aménagement des résidences d’artistes à la Cité internationale des arts de Paris. Accepté pour une résidence à la Villa Kujoyama, il va mener une recherche sur le papier et l’économie du travail sur la matière, basée sur la manipulation intuitive et empirique du matériau.

Jean-Sébastien Lagrange est partisan d’un « design frugal », qui vise à utiliser le moins de matière possible, le tout avec le moins d’impact sur l’environnement. Dans la suite de cette optique, il s’est intéressé à l’importance du papier dans la culture japonaise, et ses techniques de pli. Tout un savoir-faire ancestral japonais, mêlé à une création contemporaine, qui tient à coeur à l’institution de mettre en lien. Le tout, en réponse à l’aspect particulier de Kyoto : le mélange entre l’ancien, la tradition, et le nouveau, le moderne, le contemporain. C’est ainsi, que, de par ses expérimentations sur le papier, il a créé ces maquettes qui ne répondent qu’à un aspect esthétique et formel et non pas utile. Les mobiles deviennent alors poétiques, de par leur mouvement circulaire lent, et la minutie des détails du papier (découpage, pliage, couleurs, etc.). Un savant mélange zen qui entre bien dans une esthétique japonaise !

 

Viva Villa 2017 (crédit photo : Angélique Gilson)

 

La Casa Velasquez, à Madrid

Ana Maria Gomes, par Evelyne Eybert et Manon Raoul

Ana Maria Gomez est pensionnaire de la Casa Velasquez. Son œuvre Antichambre nous a tout particulièrement plu et amusées, en raison du thème abordé et de son traitement original. Cette installation vidéo, présentée dans la pénombre, est constituée de deux écrans en vis-à-vis sur lesquels sont projetés deux films différents. Des adolescents, filles et garçons, se font face, dans de courtes séquences qui s’enchaînent pendant 36 minutes que l’on ne voit absolument pas défiler.

Filmés dans un univers réduit, celui de leur chambre, ils regardent la caméra et alternent des poses plus ou moins naturelles, séduisantes, ou encore provocantes. Certains dansent, miment des musiciens, ou exposent clairement leur ennui, voire une colère sourde et contenue. On ne peut s’empêcher de regarder avec un œil attendri ces individus en construction, ces êtres qui cherchent leur individualité au-delà des codes sociaux, qu’ils tentent de s’approprier ou de détourner. Ils nous renvoient à nous-mêmes, à cette période fondamentale, plus ou moins difficile, dont on peut se souvenir avec une tendresse parfois teintée d’un peu de honte ou de nostalgie.    

Nous avons été littéralement scotchées par cette vidéo, divisée en deux écrans. Nos têtes jonglaient de gauche à droite, essayant de ne perdre aucun moment de cet affrontement vidéo. En effet, les deux projections se font face et se répondent, même s’il n’y a parfois aucun lien entre les deux côtés. Ces adolescents s’observent, se dissèquent, s’apprivoisent, dans un jeu que nous avons connus dans la cour de récrée ou dans la salle de classe. Nous jugeant les uns les autres afin de ressentir, d’observer et de se protéger, dans la carapace qui est la nôtre à cette étape de la vie. Car l’enfant, l’adolescent, n’est pas tendre, et le lieu de la chambre – comme aime à nous le montrer Ana Maria Gomes -, est un espace intime où l’enfant se « lâche », se vide, se montre entièrement mais à lui-seul et à son miroir. Or ici, nous sommes derrière le miroir. Nous observons l’adolescent projeté sur les murs. Nous nous observons nous-même, il y a plusieurs années, en quelque sorte. Tel un retour en arrière et une mise en abîme particulièrement bien mise en scène !

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