Winter Family, L’entretien 1/2

Il y a quelques temps déjà, je vous ai parlé du duo Winter Family et de leur album South from Here, qui m’a rendue un peu accro. Depuis, ils ont poursuivi leur grande tournée en France et j’ai pu voir deux de leurs spectacles à la MC93. J’ai rarement vu plus brut et radical au théâtre, et moi quand c’est honnête, ça me touche. Ruth Rosenthal et Xavier Klaine partagent avec nous un peu de leur univers et de leur réalité.


Xavier Klaine a grandi en Lorraine. Formé à la musique classique au conservatoire et à la géopolitique sur les bancs de la Sorbonne, il s’est épris pour les drones de l’orgue et le métal. Ruth, quant à elle, est née à Haïfa, en Israël. Elle a étudié à la School of Visual Theatre, une école d’art pluridisciplinaire à Jérusalem où elle a pratiqué le théâtre, l’écriture et la marionnette.

C’est lors d’une soirée à Jaffa que Ruth Rosenthal et Xavier Klaine se sont trouvés. Ruth a pris un micro, a improvisé quelques paroles, presque en blaguant. Et surprise, ça sonnait bien. A la fin de la soirée, elle a proposé à Xavier, qui était en Israël pour rendre visite à des amis, de faire la musique de son prochain spectacle. Le spectacle n’a jamais eu lieu mais le duo, baptisé Winter Family, ne s’est plus quitté.

A cette époque, Ruth travaillait à l’opéra de Tel Aviv à la lumière et dans restaurants, tandis que Xavier jonglait entre sa passion pour la musique et un job bureaucratique qui ne lui plaisait pas.

Depuis, le duo a voyagé entre Israël, les États-Unis et la France, a produit un livre, trois albums magnifiques et de nombreux spectacles, sans compter leurs nombreuses collaborations avec d’autres artistes.

Quand on leur demande s’ils font du théâtre documentaire, ils acquiescent sans hésiter.

Dans leurs spectacles, pas de place pour la fiction ou l’illusion du quatrième mur.

Tous les ingrédients sont documentaires, issus du réel et fortement politiques. Leurs deux dernières créations, Jérusalem Plomb Durci et H2 Hébron, abordent les relations conflictuelles entre Israël et la Palestine.

A l’origine du premier, il y a un enregistrement radiophonique créé pour France culture.

A écouter juste ici !

« Quand il est passé à la radio, on l’a écouté dans un petit transistor. A l époque on habitait à la campagne. On s’est dit que c’était bien, mais que ça manquait de ce dont on voulait parler : la dictature. On arrivait pas à transmettre ça uniquement avec le son. Alors on a décidé de faire un spectacle. »

La Winter Family a joué Jérusalem Plomb Durci en Israël, dans un petit théâtre plutôt de gauche. Beaucoup ont aimé, beaucoup aussi ont choisi de ne pas venir. Ruth explique : « Moi j’ai plutôt un entourage de gauche. Mais c’est quand même difficile d’en parler, parce que les gens en ont marre, parce que ça ne sert à rien d’en parler et que rien ne change. Soit t’es activiste, et j’ai des amis qui le sont, soit tu prends de la distance. Ça se comprend, mais c’est critiquable. »

En France, le spectacle a provoqué différentes réactions. Lorsqu’ils ont joué au Festival d’Avignon en 2012, le duo a reçu des menaces, aussi bien pro-israéliennes que pro-palestiniennes, pour arrêter le festival.

Montrer ce que les gens ne connaissent pas, c’est prendre des risques.

Côté public, ils se sont vus reprocher d’employer le terme de « dictature » pour parler d’Israël, ou à l’inverse, de ne pas assez parler de la Palestine.

Pour H2 Hébron, Ruth et Xavier se sont rendus sur place, à Hébron, cette ville palestinienne si représentative de l’occupation. Ils ont recueilli des témoignages de soldats, d’habitants et de colons, qu’ils ont mis bout à bout pour en faire le texte d’une visite guidée. Visite qui se déroule autour d’une maquette de la ville, réalisée en impression 3D avec une incroyable précision. Durant le spectacle, le public n’est pas ménagé : c’est un flot d’informations qui déferle au-dessus de bruits parasites, dans une ambiance oppressante et dérangeante, puisqu’on se retrouve à manger une glace sous des lampes chauffantes, surpris par des bruits d’explosion.

C’est ça le théâtre documentaire, c’est du réel. Parfois, ça cogne.

Ce n’est pas fini ! On revient très vite avec la suite de l’article !
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Image de couverture © JB Toussaint

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